Semaine scandinave des arts : Alger capitale de la culture nordique

Aurores boréales, soleil de minuit et Santa Lucia sont en quelque sorte les ingrédients d’un orientalisme au sens contraire, les pays du Nord continuent à fasciner de par leur rapport viscéral à la nature.

En effet, ce mois de décembre a été jalonné d’événements culturels d’une grande facture qui nous ont permis de «perquisitionner» les annales du roman noir, de replonger dans une séquence cinéma louant la dignité du roi de Norvège et invitant les cinéphiles à découvrir, pour la première fois, le cycle du film norvégien et enfin les mélomanes amoureux de la musique classique ont été conviés par l’ambassade de Danemark en Algérie et le ministère de la Culture à vivre le temps de deux concerts au rythme des joutes musicales interprétées par le virtuose Toke Moldrup et l’un des maître du Mandole, Mohammed Rouane.

L’Arbre à dire à dire le roman noir

Le jeudi 16 décembre 17h, à sidi Yahia s’érige une librairie tout en blanc faisant face au parc Olof Palme du Paradou. Autant de symboles et une belle trouvaille du troubadour des lettres, Sofiane Hadjadj, des éditions Barzakh, pour entamer d’emblée la rencontre littéraire sur le roman noir, rappelant au passage l’enracinement de ce genre littéraire dans le champ éditorial nordique et la coexistence pacifique entre le culte de dame nature et les référents liés aux pulsations de la mort qui nourrissent l’imaginaire des Joe Nesbo Henninig Mankell et Stieg Larsson, ce dernier a donné au polar un grand écho à travers le monde, notamment avec la sortie en 2005 de sa trilogie Millenium, un polar au succès planétaire.

Les ambassadeurs de la Finlande, de la Norvège du Danemark et de la Suède ont réussi, chacun de son côté, à nous présenter la singularité de cette littérature et sa popularité au sein du lectorat. La rencontre a été rehaussée par l’intervention par visioconférence du critique littéraire Danois Bo Tao Michaeillis et celle de la romancière suédoise Ingrid Hedstrom, cette dernière a rappelé un fait historique lié à la sanglante répression policière de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961, et dont beaucoup d’Algériens ont été assassinés et jetés dans la Seine, un événement qui fut la source de ses premières inspirations pour l’adoption définitive d’une écriture consacrée du genre polar.

L’écrivain journaliste Adlene Meddi a, pour sa part, tenté de saisir l’univers littéraire du polar nordique et dégager les similitudes avec le roman noir algérien. Au cours de cet après-midi littéraire, l’invité de l’arbre à dire a évoqué son rapport au roman noir et l’expérience de son livre La prière du maure, un opus qui répond aux standards d’écriture du polar, un style à mi-chemin entre une littérature de l’urgence et un choix éditorial, privilégiant les intrigues rocambolesques du roman policier.

La conclusion des intervenants a été centrée sur cet enchaînement intelligent de saisissantes intrigues, de dispositifs narratifs, louant la présence de cet attrait qu’exerce dame nature et surtout l’auscultation du corps sociétal et la délivrance des démons qui la ronge de l’intérieur. Le tout dans un esprit libre et sans tabou, comme le précise si bien l’ambassadeur de Finlande en Algérie.

Mme Marja Joenusva a dépeint le paysage littéraire lié au roman noir, tout en expliquant la totale liberté de l’écrivain et l’absence de tabou dans la production littéraire, elle a également invité les présents à lire Le Lynx, de l’auteur Leena Lehtolainen, présentée comme l’alter ego de Henning Mankell. L’ouvrage en question touche à un symbole très présent dans la mémoire collective des Nordiques, à savoir le lynx et évoque les tribulations de HiljaI Iveskero, un antihéros, tout comme le célèbre personnage de Mankell «Wallander».

L’histoire raconte les mésaventures d’une garde du corps démissionnant pour cause de braconnage d’animaux sauvages et dont l’auteur n’est autre que son propre boss. Enfin, le public a eu droit à une petite collation bien garnie de pâtisseries et autres gourmandises aux couleurs nordiques. Une belle moisson où l’on nous offre gracieusement les roman finnois Le Lynx et La fleur du cadavre de la danoise Anne Mette Hancock.

La cinémathèque d’Alger, le choix du roi

La Norvège nous a réconciliés avec un cinéma avec un grand C, à la hauteur du Roi digne et fier refusant la capitulation face au nazisme. Un film gratifié du grand prix Amanda du cinéma norvégien en 2017, du réalisateur Erik Popee qui dépeint la bravoure d’une société en accentuant une dramaturgie rythmée par un enchaînement de valeurs de plan illustrant le Roi Hakoon VI qui, du haut de ses quatre-vingt ans, a forcé le destin, celui de l’honneur, un style de jeu sans fioritures à travers sa gestuelle et son expression.

Ses moments de recréation avec les enfants nous ont transmis une grande émotion et il nous a livré une véritable leçon sur la condition humaine sur cette terre à travers cette séquence historique que la Norvège a vécu face au Nazisme

Après le genre film de guerre, place au cinéma d’aventure. En effet, la salle obscure de la rue Larbi Benmhidi nous a émerveillés à travers la projection du célèbre film d’aventure Kon-Tiki de l’auteur Thor Heyerdal, un auteur dont certains de ces textes choisis et illustrés ornaient le manuel de lecture de l’école primaire dans les années 70.

Passé la pause nostalgie que le musée de cinéma ne cesse de nous offrir, les cinéphiles ont salué l’initiative de ces journées cinématographiques du film norvégien, une première qui vise, selon l’ambassadeur de Norvège en Algérie, M.Knut Langeland, à créer davantage d’échanges entre la royaume de Norvège et l’Algérie et à souligner l’importance des images du septième art dans la construction de l’imaginaire et la promotion de la culture. Kon-Tiki, un film narrant cette odyssée en haute mer provoquant émotion et admiration au sein du public.

Joachim Ronning et Espen Sandberg, récipiendaires de l’oscar du meilleur film étranger en 2012 ont réussi ce «bon vent» à travers une belle adaptation du célèbre défi que se sont lancés les Thor Hyerdhal, Herman Watzing et Knut Haugland, qui ont été jusqu’au fin fond de la Polynésie pour confirmer que l’île en question est peuplée par les Sud-Américains et non par les populations de l’Asie du sud-est et rejeter ainsi la thèse de la communauté scientifique de l’époque. Knut Langland, l’ambassadeur de la Norvège en Algérie, s’est félicité du bon accueil de ce cycle du film norvégien qui s’est achevé par la programmation d’un autre long métrage intitulé Sonja White Swan, qui retrace la saga de Sonja Hennie la grande championne olympique de patinage artistique.

Un biopic de de Anne Sewitsky qui revient sur la vie de la Norvégienne d’Hollywood, interprétée par Ine Marie Wilman, focalisant sur le parcours d’une star qui a troqué dans les années trente ses patins à roulettes contre une garde-robe toute glamour.

TOKE MOLDRUP OU LA MUSIQUE QUI VOUS PARLE

Il est 19h00, à une heure du le match de Arab-Cup Fifa, opposant l’Algérie à la Tunisie, ce qui n’a pas empêché les inconditionnels de la grande musique de réserver leurs places. Les deux musiciens ont bien accordé leur instruments pour inviter les mélomanes du théâtre algérien Mahieddine Bachtarzi à faire le plein de sérénité et d’enchantement spirituel. L’ouverture a été amorcée par le grand violoncelliste Danois Toke Moldrup, un artiste gratifié de tous les honneurs par le New York Times, le qualifiant «d’Etoile montante», qui, en se produisant sur les planches de l’ex-Opéra d’Alger, a redonné à la suite de Jean Sébastien Bach toute la profondeur de la magnifique palette vocale que miroite le jeu musical, ne dit-on pas que le violoncelle est l’instrument musical le plus proche de la voix humaine.

Face à un public subjugué par la parfaite maîtrise des compositions de Bach, il enchaîna en attaquant la célèbre suite du prélude intitulée Guige, en passant par la courante l’allemande, la sarabande et la Menuett 1 et 2, des pièces qu’il aborda à travers un rapport feutré et intimiste avec son violoncelle. La suite de Jean Sébastien Bach révèle cette quête de la perfection et cette liberté de se frayer un chemin entre la rigueur de la musique classique et le talent de revisiter une œuvre avec beaucoup de délectation.

La Pièce Summer de Julie O. et Kalimba, ou comment réinventer un pizzicato des grands jours, mettant l’archet de côté tout en saupoudrant les sonorités festives de nuances africaines. L’assistance du TNA, toute ouïe à l’éloquent passage du duo Mohamed Rouane et Toke Moldrup, une prestation qui témoigne de la réussite d’une fusion mariant le quart de ton à une musique qui explore notre fort intérieur, la touchia algérienne retrouve dans ces joutes musicales toute sa vivacité. Mohammed Rouane, dans ces errances danoise et suédoise nous a réconciliés le temps d’un concert avec la vérité musicale qui s’est traduite dans toute sa splendeur.

L’ambassadeur du Danemark en Algérie, Vanessa Vega Saenza, rappelle dans une bref allocution le riche répertoire du grand virtuose danois et que la musique classique est un vecteur de paix et de rapprochement culturel et que seul le mystère de la musique est capable de nous hisser au rang des valeurs universelles. Toke Moldrup, lui a poursuivi son petit bonhomme de chemin algérois en arpentant musicalement la paroisse de la basilique Notre-Dame d’Afrique, symbole de grâce et de tolérance, célébrant le 150e anniversaire de sa construction, revisitant également l’œuvre de Bach qui interpelle autant l’ouïe que l’esprit, une musique où s’enchaîne «ombre et lumière, épanchement et silence, recueillement et vagabondage»*.

Enfin, la tournée du violoncelliste danois a Alger a été marqué aussi par une matinée Master class dédiée à la formation et au contact avec les étudiants de l’Institut national de musique d’Alger et qui s’est achevée par une visite de la Casbah, la ville de Sidi Abderrahman.

YAM

*www.musicologie.org

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