Scandale d’espionnage massif Pegasus : Indignation mondiale et début des dépôts de plainte

Après l’onde de choc et la vague d’indignation, les dépôts de plaintes se sont multipliés dans le sillage de l’enquête sur l’affaire Pegasus, publiée dimanche dernier, par un consortium de 17 médias internationaux. Le scandale touche le logiciel Pegasus, élaboré par l’entreprise israélienne NSO Group, qui aurait permis d’espionner les numéros de journalistes, d’hommes et […]

Scandale d’espionnage massif Pegasus : Indignation mondiale et début des dépôts de plainte

Après l’onde de choc et la vague d’indignation, les dépôts de plaintes se sont multipliés dans le sillage de l’enquête sur l’affaire Pegasus, publiée dimanche dernier, par un consortium de 17 médias internationaux. Le scandale touche le logiciel Pegasus, élaboré par l’entreprise israélienne NSO Group, qui aurait permis d’espionner les numéros de journalistes, d’hommes et femmes politiques, des militants des droits humains, des chefs d’entreprise ainsi que des chefs d’Etat et des premiers ministres de plusieurs pays.

Par Sihem Bounabi
Parmi les récentes réactions, celle du lanceur d’alerte Edward Snowden, qui avait révélé le scandale d’écoute de la NSA, a déclaré dans le Guardian, avoir été «choqué par l’ampleur du système d’espionnage», soulignant que «50 000 numéros de téléphone dans autant de pays (…) c’est terrible». Il a, dans ce sillage, tiré la sonnette d’alarme en appelant à réguler et sanctionner ce type d’activités estimant, que «si on ne fait rien pour arrêter le commerce de ces technologies, on ne sera plus à 50 000 numéros de téléphone, mais à 50 millions de cibles, et ça va arriver bien plus vite qu’on ne l’imagine. Il faut donc arrêter ce commerce, sans pour autant abandonner la recherche qui peut être utilisée pour rendre nos appareils plus sûrs». Edward Snowden appelle toute la population mondiale à se mobiliser affirmant : «Peu importe sous quel drapeau on vit, peu importe la langue qu’on parle, on est tous visés dans cette histoire»
De son côté, la Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, a réclamé, lundi dernier, une meilleure «réglementation du transfert et des technologies de surveillance». Elle souligne à cet effet que «sans cadre règlementaire respectueux des droits de l’homme, il y a tout simplement trop de risques que ces outils soient détournés pour intimider les critiques et réduire au silence ceux qui contestent». Pour rappel, l’affaire a éclaté au grand jour, dimanche dernier, lors des révélations fracassantes sur le logiciel qui permet de récupérer les messages, photos, contacts et même d’écouter les appels de son propriétaire ainsi que l’activation de la caméra et de microphone à l’insue des utilisateurs. En tout, près de 50 000 numéros de téléphone sont concernés par cet espionnage ou tentative d’espionnage.
NSO Group a régulièrement été accusé de faire le jeu de régimes autoritaires, mais a toujours assuré que son logiciel servait uniquement à obtenir des renseignements contre des réseaux criminels ou terroristes. Cette nouvelle enquête-analyse s’ajoute à une étude, menée en 2020, par Citizen Lab de l’université de Toronto, qui avait confirmé la présence du logiciel Pegasus dans les téléphones de dizaines d’employés de la chaîne Al-Jazeera du Qatar. WhatsApp avait, également, reconnu en 2019 que certains de ses utilisateurs en Inde avaient été espionnés par ce logiciel. Le groupe NSO a, comme à chaque fois, «nié fermement les fausses accusations portées» dans l’enquête.
L’enquête est publiée par un consortium de dix-sept médias internationaux, dont font notamment partie les quotidiens français Le Monde, britannique The Guardian, et américain The Washington Post. Leur travail se fonde sur une liste obtenue par les organisations Forbidden Stories et Amnesty International et qui comprend, selon eux, 50 000 numéros de téléphone que les clients de NSO ont sélectionnés depuis 2016 en vue d’une surveillance potentielle. Sur cette liste figure d’ailleurs le numéro du journaliste mexicain Cecilio Pineda Birto, abattu quelques semaines après son apparition sur ce document. Des correspondants étrangers de plusieurs grands médias, dont le Wall Street Journal, CNN, France 24, Mediapart, El Pais, ou l’AFP en font aussi partie. Deux des téléphones appartiennent à des femmes proches du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné en 2018 dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando d’agents venus d’Arabie saoudite, écrivent-ils.
Le site d’information français Médiapart et l’hebdomadaire satirique le Canard Enchaîné ont annoncé qu’ils allaient déposer des plaintes à Paris, après les informations indiquant que les téléphones de plusieurs de leurs journalistes avaient été espionnés par un service marocain, à l’aide de Pegasus. Selon Médiapart, cet espionnage a coïncidé avec «la répression du journalisme indépendant au Maroc», notamment envers le journaliste d’investigation emprisonné Omar Radi. Amnesty International avait dénoncé en 2020 le piratage du téléphone d’Omar Radi par Pegasus
Le quotidien Le Monde, membre du consortium de médias, a révélé mardi dernier que des numéros d’Emmanuel Macron ainsi que ceux de l’ancien Premier ministre Edouard Philippe et de 14 membres du gouvernement, figuraient «dans la liste des numéros sélectionnés par un service de sécurité de l’Etat marocain, utilisateur du logiciel espion Pegasus, pour un potentiel piratage». «On a trouvé ces numéros de téléphone, mais on n’a pas pu faire d’enquête technique évidemment sur le téléphone d’Emmanuel Macron» pour vérifier s’il avait été infecté par ce logiciel et donc «cela ne nous dit pas si le Président a été réellement espionné», a expliqué Laurent Richard, le directeur de l’organisation Forbidden Stories. «Si les faits sont avérés, ils sont évidemment très graves. Toute la lumière sera faite sur ces révélations de presse», a réagi la présidence française, interrogée par l’AFP.
D’après le Washington Post, autre membre du consortium, la liste contient des numéros de deux autres présidents, l’Irakien Barham Saleh et le Sud-Africain Cyril Ramaphosa. Le quotidien américain avance également les noms de trois Premiers ministres en exercice, ceux du Pakistan, Imran Khan, de l’Egypte, Mostafa Madbouli, et du Maroc, Saad-Eddine El Othmani, et d’un total de sept Premiers ministres au moment où ils ont été sélectionnés sur la liste, dont le Libanais Saad Hariri, l’Ougandais Ruhakana Rugunda, et le Belge Charles Michel.
NSO est loin d’être la seule entreprise israélienne à être soupçonnée de fournir des logiciels espion à des gouvernements étrangers peu regardants sur les droits humains, avec le feu vert du ministère israélien de la Défense.