Pêche et Brexit : nouvelles exigences de Londres «nulles et non avenues» pour Paris

Le Royaume-Uni impose des exigences techniques pour l’accès des pêcheurs français aux eaux des Iles anglo-normandes que Paris juge non prévues par l’accord commercial. Certains pêcheurs appellent aux blocus de Jersey.

Pêche et Brexit : nouvelles exigences de Londres «nulles et non avenues» pour Paris

«On considère que si de nouvelles exigences pour les zonages de mer ou les engins de pêche sont intégrées dans les licences, alors même qu'elles n'ont pas été notifiées à la Commission européenne, elles sont nulles et non avenues», a déclaré le ministère de la Mer ce 4 mai à l'AFP.

L’interlocuteur de l’agence a rappelé l’attachement de Paris au «strict respect de l'accord de pêche négocié dans le cadre du Brexit et ajouté : «Si le Royaume-Uni veut introduire de nouvelles dispositions, il doit les notifier à la Commission européenne qui nous les notifie, ce qui nous permet d'engager un dialogue ensuite. A ce stade, on a découvert ces nouvelles mesures techniques qui ne sont pas applicables en l'état à nos pêcheurs.»

Pour les eaux de Jersey, le Royaume-Uni a publié le 30 avril une liste de 41 navires équipés de «Vessel Monitoring System» (VMS, un dispositif qui enregistre les positions des navires) et autorisés à pêcher depuis le 1er mai. Cette liste est accompagnée de nouvelles exigences «qui n'ont pas été concertées, discutées ni notifiées avant», selon la source au ministère citée par l'AFP.

Elles consistent principalement en de nouveaux zonages de pêche au sein des eaux de Jersey où les navires continentaux peuvent ou ne peuvent pas aller. Elles précisent également, selon les indications du ministère le nombre de jours que peuvent passer en mer les marins-pêcheurs, et avec quels engins.

Le ministère de la Mer dit avoir signalé à la Commission européenne ces nouvelles mesures qui n'étaient pas selon lui pas prévues. «C'est la Commission qui négocie, donc maintenant, on attend de sa part qu'elle engage une discussion avec le Royaume-Uni pour bien comprendre ce que cela signifie et qu'elle nous donne ensuite ses éclaircissements», ajouté cette même source.

Une soixantaine de pêcheurs dénoncent une «agression» des autorités de Jersey 

Environ 60 pêcheurs se sont réunis en réaction à ces annonces dans la matinée du 3 mai à Cherbourg devant les affaires maritimes sans incident, avant une nouvelle manifestation qui a, selon la police, rassemblé une soixantaine de pêcheurs à Granville.

Il est évident qu’il va y avoir des réponses à l’agression dont nous sommes victimes par les autorités de Jersey [...] On espère que l'Etat prendra des mesures de représailles

«Il est évident qu’il va y avoir des réponses à l’agression dont nous sommes victimes par les autorités de Jersey par rapport aux autorisations de pêche. On espère que l'Etat prendra des mesures de représailles», a déclaré Dimitri Rogoff, président du comité régional des pêches de Normandie, joint au téléphone par l’AFP.

«Que les pêcheurs de Jersey ne puissent plus débarquer à Granville, c'est acquis depuis longtemps, depuis que les permis sont arrivés aux compte-gouttes et avec les restrictions, il est bien évident qu’il n'est plus question qu'ils viennent débarquer à Granville», a-t-il ajouté.

Les comités régionaux des pêches de Bretagne et de Normandie ont appelé «à une suspension de toutes relations économiques avec Jersey, dont la liaison ferry entre Jersey et le Continent», dans un communiqué conjoint transmis à l'AFP.