Mongi Safra : «S’il n’y a pas de FMI, un plan B est nécessaire sinon, il n y’aura pas de budget» (3)

L’année 2023 verra une augmentation des recettes fiscales de l’ordre de 12,5%. L’inflation sera favorable aux banques et à la fiscalité, puisque calculée à prix courant, mais aussi aux assureurs à la tête d’importants portefeuilles de placements qui profiteront de l’augmentation du taux directeur. (Troisième partie de la conférence de Mongi Safra). Dans cette troisième […]

Jan 24, 2023 - 10:03
 0
Mongi Safra : «S’il n’y a pas de FMI, un plan B est nécessaire sinon, il n y’aura pas de budget» (3)

L’année 2023 verra une augmentation des recettes fiscales de l’ordre de 12,5%.

L’inflation sera favorable aux banques et à la fiscalité, puisque calculée à prix courant, mais aussi aux assureurs à la tête d’importants portefeuilles de placements qui profiteront de l’augmentation du taux directeur. (Troisième partie de la conférence de Mongi Safra).

Dans cette troisième partie, Mongi Safra parle des recettes de l’Etat dont la croissance prévue pour 2023 reste faible. « Il est regrettable de prévoir 1,8% de croissance alors que nous sommes à 10,5% d’inflation. Les recettes fiscales augmenteront de 12% raffermies par les nouvelles mesures qui vont apporter 1 milliard de dinars par le biais des droits d’enregistrement et la nouvelle TVA ».

Outre les recettes fiscales, celles non fiscales provenant en partie du gazoduc Algérie/Italie qui traverse le territoire tunisien. « Le prix du gaz a augmenté, puisque nous recevons 6,25% du gaz vendu à l’Italie par l’Algérie. Ceci a permis d’augmenter les recettes de l’Etat transformées en des subventions pour la STEG. Le déficit gazier est élevé. Il faut compter dans les recettes non fiscales, les revenus pétroliers. L’Etat peut faire des bénéfices avec le prix actuel du pétrole. Nous produisons 45% de nos besoins. Nous consommons 9,5 millions de tonnes dont 4,5 millions de tonnes produits en Tunisie, moitié gaz, moitié pétrole. En 2010, on produisait 90% de nos besoins, aujourd’hui nous sommes à 45%. C’est le déficit le plus élevé et le plus grave ! Dix (10) milliards de dinars de déficit énergétique par année -l’année dernière et cette année aussi- si le prix se maintient à 90 dollars le baril de pétrole comme attendu ».

Le troisième volet des recettes de l’Etat est celui des revenus des biens confisqués. On a prévu une augmentation grâce à l’application de la nouvelle loi de réconciliation pénale. Il y a une révision de 696 millions de dinars (MDT), suppose Mongi Safra qui a calculé par ricochet et a procédé par recoupements pour faire des estimations.

Autres recettes de l’Etat en baisse : les dons qui ne seront plus aussi importants que du temps de la pandémie de Covid-19 et qui baisseront de 1,450 milliard de dinars. Les recettes propres vont donc passer de 41 à 46 milliards de dinars.

S’agissant des emprunts sur le marché intérieur, on prévoit le même montant que celui de 2022 : 9,300 milliards de dinars. L’emprunt national sera maintenu. Il était de 2,8 milliards de dinars l’année dernière et gardera ce niveau, cette année, selon M. Safra. Il y a eu quatre tranches, on réitérera quatre tranches.

Les Bons de Trésor assimilables (BTA) auxquels les banques sont réticentes serviront à rembourser les BTA passés. On réempruntera, quand même, pour rembourser les dus précédents, mais rien de plus au net.

Pour ce qui concerne les Bons du Trésor à court terme (BTCT), ils ont augmenté. Quand les BTCT sont d’un an, on les classe dans les emprunts, lorsqu’ils sont inférieurs à un an, 13 ou 52 semaines, ils deviennent source de trésorerie, et c’est aujourd’hui pratique courante, d’autant plus que les BTCT sont devenus des effets à taux d’intérêt très faible de 2% avec une TVA de 9,5%, ce qui est en faveur des banques qui optent pour cette solution de financement : les BTCT à court terme.

Les emprunts extérieurs, d’où et comment ?

Les emprunts extérieurs ? C’est la grande question. Comment en trouver alors qu’ils vont passer de 11 à 14,9 milliards de dinars ? On prévoit 1,4 milliard de dinars du FMI, 1,2 milliards de dinars de la Banque mondiale, 1 milliard de dinars de l’Union européenne, et d’autres prêts de l’Afreximbank – devenu un grand bailleur de fonds pour la Tunisie et dont les crédits sont à court terme, sur trois ans. Ils financent les importations des céréales et d’hydrocarbures et sont à taux d’intérêt plus réservé.

« L’avantage de la dette extérieure de la Tunisie est qu’elle est à un taux d’intérêt faible. Notre pays s’acquitte de deux milliards de dinars d’intérêt extérieur par an sur une dette de 100 milliards de dinars, c’est un taux d’intérêt de 2% seulement sur sa dette extérieure parce qu’elle est à trois quarts multilatérale et bilatérale et à un quart seulement financière. Ce taux d’intérêt de 2%, hérité, deviendra plus élevé si jamais la Tunisie commence à contracter des emprunts à court ou à moyen termes. Les taux d’intérêt des prêts accordés par l’Afreximbank étaient de 5%, il y a quelques années, aujourd’hui, ils sont peut-être à 6 ou 7% ».

Le recours aux emprunts extérieurs est prévu mais exige l’accord du FMI, dans le cas contraire, tout cela restera théorique. D’où l’importance d’un plan B, estime Mongi Safra sinon, il n’y aura pas de budget.

Les 14 milliards de dinars de financement provenant de l’extérieur prévus pour l’année en cours serviront à quoi ? Aux emplois, aux salaires qu’on a augmentés de 5,7% – une augmentation acceptable et tolérée par le FMI à cause du taux d’inflation de plus de 10%. « En fait, c’est une baisse réelle des salaires de 5 points. Le chiffre salaire sur PIB a baissé en Tunisie puisque le PIB a été réestimé l’année dernière de 5 points et l’inflation l’a augmenté de 10 points. Il a donc été gonflé de 15 points, la part des salaires dans le PIB a baissé de 17 à 15%. L’objectif était de la faire baisser à 12 points dans trois ans, mais l’année dernière, déjà, elle était à 15%. Cette année peut-être moins, ceci devrait nous soulager un peu, c’est pour cela que le FMI a accepté la dernière augmentation de salaire beaucoup plus faible que l’augmentation du PIB nominal et acceptable. 3,5 salaire unitaire + 2 points pour les promotions/régularisation, ça fait 5,5 ».

Il y a une autre rubrique, celle des biens et services, dont les dettes doivent être honorées par l’Etat. Il y a nombre d’impayés et les opérateurs privés, les fournisseurs doivent récupérer leur dû. Les montants en faveur des biens et services passent de 1,800 milliard de dinars à 2,3 milliards de dinars.

Les « Interventions », c’est un poste qu’on ne connaissait pas avant, commente Mongi Safra. Nécessaire, peut-être, mais très lourd. Le montant qui lui a été attribué l’année dernière était de 14 milliards de dinars. En fait, il a avalé 18 milliards de dinars. 18 milliards en interventions en plus des 21,5 milliards de dinars consacrés aux salaires font 40 milliards de dinars.

Toutes les recettes propres de l’Etat sont allées vers deux postes en 2022 : les salaires et interventions, il n’en reste rien pour l’investissement public.

Pour 2023, on prévoit 46 milliards de dinars de recettes dont 22,7 milliards de dinars consacrés aux salaires et 17 milliards de dinars aux interventions ; reste 6 milliards de dinars. « C’est un peu mieux. En fait, qu’est-ce que c’est que ce poste d’interventions ? C’est nouveau, c’est la nouvelle Tunisie. Les jeunes devraient vivre avec et apprendre à gérer. 18 milliards de dinars consacrés aux interventions, presque le montant des salaires, ne pouvons-nous pas les rationaliser, réduire leur poids sur le budget de l’Etat ? »

Comment sont réparties les interventions ? Nous le saurons dans la quatrième et dernière partie de « Ces leçons d’économie ».

A suivre

Amel Belhadj Ali