Métro d’Alger, SNTF, SOGRAL … : Turbulences dans le secteur des transports

Entre le métro d’Alger, qui attend l’installation d’une entreprise pour assurer son exploitation après une longue période sèche et dont les salariés s’inquiètent de plus en plus pour leur avenir, la SNTF qui traverse de grandes difficultés financières aggravées par la crise sanitaire et la SOGRAL qui tente de résister à l’impact de la Covid, […] L’article Métro d’Alger, SNTF, SOGRAL … : Turbulences dans le secteur des transports est apparu en premier sur El Watan.

Métro d’Alger, SNTF, SOGRAL … : Turbulences dans le secteur des transports

Entre le métro d’Alger, qui attend l’installation d’une entreprise pour assurer son exploitation après une longue période sèche et dont les salariés s’inquiètent de plus en plus pour leur avenir, la SNTF qui traverse de grandes difficultés financières aggravées par la crise sanitaire et la SOGRAL qui tente de résister à l’impact de la Covid, les entreprises du secteur des transports sont en pleines turbulences.

La SNTF a vu son chiffre d’affaires réduit de 77% dans le transport des voyageurs alors que Sogral a enregistré une chute de 75% en 2020. Des chiffres qui en disent long sur l’impact de la crise sanitaire.

Une crise face à laquelle chaque entité a mis en œuvre un plan d’action en attendant la reprise totale. L’absence d’outils de gestion performants dans un secteur aussi sensible que les transports habitués aux subventions risquent d’aggraver la situation. Il s’agit en effet d’un secteur dans lequel les pouvoirs publics interviennent à chaque à fois à travers des mesures d’aides financières qui sont de plus en plus difficiles à assurer. Focus.

 

Le Métro d’Alger verra-t-il le bout du tunnel ?

Près de six mois après la fin du contrat de la RATP pour la gestion du Métro d’Alger, toujours rien de nouveau sur la reprise de ce moyen de transport à Alger. Si au début, l’arrêt du métro était lié à la lutte contre la propagation de la pandémie de la Covid-19, ce n’est plus le cas aujourd’hui.
L’expiration le 31 octobre dernier du contrat d’un montant de 120 millions d’euros, obtenu par RATP El Djazair pour une durée de 8 ans, n’a pas été suivi par l’arrivée d’un nouveau gestionnaire pour l’Entreprise du métro d’Alger (EMA).

C’est en fait toujours l’attente que ce soit de la part des usagers du métro ou des travailleurs qui s’inquiètent pour leur avenir professionnel et dont les salaires ont été assurés jusque-là par le groupe Transtev (Transport Terrestre de Voyageurs) dont l’EMA est une filiale pour un montant de 36 milliards de centimes par mois. Il était prévu qu’une nouvelle société 100% prenne le relais le 1er novembre dernier. Mais c’est toujours l’attente, les conditions nécessaires n’étant pas encore réunies notamment pour ce qui est du budget de fonctionnement. C’est en fait le blocage.

Selon des informations obtenues auprès d’une source proche du dossier, l’origine de cet arrêt s’explique par des lacunes dans le contrat conclu entre les deux parties, et ce, concernant plusieurs aspects. «Le contrat n’a pas défini la nature des passations», nous dit-on. A titre d’exemple, le transfert de savoir-faire pour la maintenance, prévu dans le cadre de l’assistance technique, n’aurait pas eu lieu.

Ce qui fait qu’aujourd’hui, après le départ du partenaire français, les techniciens algériens ne sont pas encore outillés pour le faire, alors que du côté du gouvernement, l’on a avancé que le transfert dans les différents métiers liés à l’exploitation et à la maintenance a été mené à son terme durant ces 9 années pendant lesquelles la RATP a géré et exploité le métro d’Alger. Aussi, dans le contrat d’exploitation, il y avait une clause selon laquelle RATP El Djazair devrait investir une partie du chiffre d’affaires. «Ce qui n’est pas le cas», nous dit-on. Autre point à clarifier, c’est le partage des bénéfices des espaces publicitaires : (dans les stations métro) entre l’ANEP et la RATP. Cette dernière cherche en effet à récupérer les espaces créés. Il s’agit par ailleurs de revoir le système de billetterie.

Ce sont donc autant de points à clarifier avant de désigner le partenaire qui accompagnera l’EMA dans la gestion et l’exploitation du métro d’Alger. Entre temps, les travaux d’extension sont bloqués pour un moyen de transport qui a bien facilité le déplacement des Algérois et qui est à l’arrêt pour rappel depuis le 22 mars 2020, soit huit mois avant que le contrat de la RATP El Djazair ne prenne fin. Une période durant laquelle les pertes se sont accumulées. Elles se sont évaluées, selon le directeur général de l’EMA, à plus de 13 milliards de dinars en 2020 pour l’ensemble des modes de transport, à savoir métro, tramway, téléphériques et télécabines.

Le maintien à l’arrêt de ces moyens de transport a également un impact, puisque le système d’exploitation nécessite une exploitation régulière. «Cela a généré beaucoup de charges et de dépenses alors qu’en contrepartie, il n’y a pas eu recettes», a précisé à ce sujet le premier responsable de l’EMA en janvier dernier

Avant la crise, l’EMA arrivait à couvrir les charges d’exploitation à un niveau de 30% par la vente des tickets, alors que les 60% restantes sont prises en charge par l’Etat. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui avec l’arrêt et des salaires à payer. Jusqu’à quand le groupe Transtev prendra-t-il en charge ce volet ? La question reste posée en attendant la reprise et l’arrivée d’une nouvelle entreprise pour l’exploitation en remplacement de la RATP.

Sogral a résisté à la crise sanitaire

Comme c’est le cas pour la majorité des entreprises du secteur des transports, la société nationale d’exploitation des gares routières (Sogral) a vu son chiffre d’affaires (CA) baisser de 75% en 2020 pour atteindre 591 millions de dinars, soit une perte de 1,7 milliard de dinars (MD DA) et un déficit de 1,17MD DA.

SOGRAL, qui a réalisé en 2019 un CA de 2,5 MDS DA à travers les 76 gares qu’elle compte sur le territoire national, a pu rattraper un tant soit peu les résultats durant le premier trimestre de l’année en cours en atteignant un CA de l’ordre de 471,4 millions de dinars. Une reprise certes timide, selon son PDG Tazarart Fares, mais qui permet à l’entreprise de renouer avec les bons résultats et de mener à bon port ses projets notamment celui de la numérisation. Un axe prioritaire du programme de l’entreprise pour 2021. En effet, si sur le plan social, Sogral a résisté en 2020 en maintenant les emplois et en assurant les salaires pour ses 2700 employés pour un montant de 1,3 Md DA, en matière d’investissements, du travail reste à faire. C’est ce que nous dira M. Tazarart.

«En termes d’emplois, Sogral a anticipé à travers sa politique de maîtrise des charges. En tant qu’entreprise citoyenne, elle a réussi à maintenir les emplois, et les contrats des travailleurs ont été reconduits automatiquement durant la période concernée par l’arrêt de l’activité au niveau des gares», nous expliquera le PDG de Sogral. Autre mesure prise au cours de cette période, l’effacement des dettes des commerçants ayant loué des espaces au niveau des gares. Une mesure qui a également touché les transporteurs (1400) en application des décisions du gouvernement.

Avec la reprise partielle du trafic routier pour le transport interwilayas, l’entreprise a accordé des échéanciers de paiement des loyers. «En accord avec les syndicats des transporteurs et les représentants des commerçants, nous avons décidé de tracer à nos partenaires un échéancier pour le paiement de leurs loyers concernant la période de reprise, c’est-à-dire depuis janvier, le temps de reprendre le souffle», nous expliquera encore M. Tazarart.

Pour ce dernier, toutes les décisions mises en œuvre s’inscrivent dans l’application des mesures annoncées par le gouvernement et des orientations du groupe Transtev, D’autant, nous précisera-t-il, «notre santé financière dépend de celles de nos partenaires. Autant alors leur assurer les conditions pour reprendre sereinement l’activité avant de passer à un fonctionnement à hauteur de 100% des capacité des bus.

Ce qui dépend de l’évolution de la situation sanitaire.» Cela dit, Sogral a vu ses indicateurs s’améliorer dès le mois de février et les prochains mois s’annoncent décisifs notamment pour la mise en route du plan d’investissement de l’entreprise. Un plan qui mise essentiellement sur la numérisation et l’accroissement de la rentabilité des gares. «Nous avons réussi à aborder les huit mois d’arrêt avec l’appui des pouvoirs publics et maintenant que la reprise est signée, nous restons confiants quant à l’évolution de la situation», nous dit encore M. Tazarart qui est en phase de lancer plusieurs chantiers.

En plus de la prochaine réception de nouvelles gares, il s’agit pour Sogral de se lancer dans l’automatisation à travers d’abord les réservations et la consultation en ligne avant de passer à la mise en place des bornes automatiques pour l’achat de billets.

L’autre chantier consiste à améliorer la sécurité et l’hygiène au niveau des gares en misant sur la formation du personnel. En matière de rentabilisation des espaces de Sogral, la généralisation d’installation des distributeurs automatiques de billets (DAB) et des bureaux de postes (27 sont déjà fonctionnels) est au menu du plan d’action de l’entreprise qui veut faire des gares « des espaces de vie.

Pourvu que la situation sanitaire le permette et que le paquet soit mis. A ce sujet, le représentant de Sogral a préféré ne pas donner de détails sur les montants à investir.

 

La situation financière de la SNTF déraille

Les difficultés financières s’accumulent au niveau de la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF). L’entreprise, qui misait en 2020 sur 50 millions de voyageurs et qui n’a eu finalement que 8,4 millions, a vu son chiffre d’affaires pour cette partie reculer de 77% avec 512 millions de dinars et de 39% pour la partie hors trafic avec 147 millions de dinars. Pour le chiffre d’affaires fret, l’augmentation n’a été que de 2% en 2020 pour atteindre plus de 2 milliards de dinars. La SNTF a, à titre de rappel, maintenu le transport des marchandises durant la crise sanitaire. Mais l’apport est resté faible puisque le chiffre d’affaires réalisé à ce niveau est loin d’être suffisant pour compenser les pertes enregistrées dans le transport des voyageurs. En effet, au total, le volume d’affaires a avoisiné 2,8 milliards de dinars par rapport à une prévision globale de 7,4 milliards, soit un taux de réalisation de seulement 38%. Avec ces résultats, les pertes de la SNTF pour l’année 2020 s’élèvent à 14,7 milliards de dinars.

Ce qui a chamboulé le programme de l’entreprise pour 2020 concernant la mise en œuvre du plan de développement stratégique (PDS) 2015-2020 pour sa dernière phase, puisque l’objectif principal était d’atteindre l’équilibre financier. Déjà que ledit plan a connu du retard bien avant la pandémie.

La société avait déjà obtenu un prêt de 127 milliards de dinars en 2016 pour développer l’entreprise, mais aujourd’hui, elle est loin d’avoir réalisé l’équilibre recherché sur le plan financier. Et la situation risque de se compliquer. D’ailleurs, l’entreprise sollicite depuis septembre dernier des crédits bancaires auprès de la Banque nationale d’Algérie (BNA) pour pouvoir payer ses employés au nombre de 15 700, selon son directeur général, Karim Ayache qui s’exprimait à ce sujet la semaine dernière sur les ondes de la radio nationale. En plus des salaires, il y a aussi l’entretien des trains à assurer pour un montant annuel de 400 millions de dinars.

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