Les nouvelles méthodes de travail en Tunisie et dans le monde (Entretien avec le consultant Nadhem Bardaa)

Il est indéniable de penser que depuis la pandémie de Covid-19, le monde et ses habitudes ont été complètement chamboulés. Un constat encore plus vrai pour le monde du travail où l’incertitude et l’instabilité ont amené les entreprises à repenser leur mode d’organisation de travail et à s’adapter aux imprévus infligés par leur environnement externe. … Continuer la lecture de « Les nouvelles méthodes de travail en Tunisie et dans le monde (Entretien avec le consultant Nadhem Bardaa) » The post Les nouvelles méthodes de travail en Tunisie et dans le monde (Entretien avec le consultant Nadhem Bardaa) appeared first on Gnet news.

Les nouvelles méthodes de travail en Tunisie et dans le monde (Entretien avec le consultant Nadhem Bardaa)

Il est indéniable de penser que depuis la pandémie de Covid-19, le monde et ses habitudes ont été complètement chamboulés. Un constat encore plus vrai pour le monde du travail où l’incertitude et l’instabilité ont amené les entreprises à repenser leur mode d’organisation de travail et à s’adapter aux imprévus infligés par leur environnement externe.

Travail à distance, gestion du temps et du stress, équilibres entre la vie personnelle et privée. Comment le monde de l’entreprise s’est adapté à ce qui a constitué une des plus grandes transitions dans les méthodes de travail? Réponses avec M. Nadhem Bardaa, consultant formateur en stratégie et développement des compétences.

Nadhem Bardaa

Le travail à distance

Les grandes entreprises dans le monde sont de plus en plus nombreuses à encourager le travail à distance. « Je siège dans les comités stratégiques de plusieurs groupes internationaux en Tunisie  et on me demande d’aider les gens à faire du télétravail », nous dit M. Bardaa. En effet, cette méthode a, à la fois, des avantages pour le chef d’entreprises comme pour le salarié. Cela minimise les coûts, optimise le temps de déplacements et permet plus de liberté.

On en vient aujourd’hui à parler de « Phygital ». Dans la foulée d’une année 2020 où l’entreprise a dû se réinventer, le « phygital », fondé sur l’aller-retour entre distanciel et présentiel, facilite la personnalisation du rapport au travail. Ceci est fait pour les personnes qui n’arrivent pas à choisir entre travailler au bureau ou chez soi. « Sur des périodes longues périodes, le télétravail peut être négatif », souligne l’expert.

Des contrats plus souples

Dans le monde, de plus en plus d’entreprises ont recours à des contrats en free-lance ou à des mi-temps. « Nous sommes davantage devant une jeunesse qui ne veut pas accaparer son temps par le travail afin de laisser plus d’espace à la vie personnelle en cherchant des formats de travail plus flexibles ».

En effet, considéré comme une étape indispensable vers la sécurité de l’emploi et la réalisation de nombreux projets (souscrire un crédit immobilier, solliciter un prêt pour acheter une voiture…), le CDI fait cependant de moins en moins recette, notamment auprès des jeunes de la génération « Z », qui est en quête de plus de liberté afin de mieux concilier vie professionnelle et personnelle.

Équilibre entre vie personnelle et professionnelle

D’après Nadhem Bardaa, de plus en plus d’entreprises tunisiennes investissent des budgets pour assurer l’équilibre professionnel et personnel de leurs ressources humaines. « En tant qu’expert, je suis de plus en plus sollicité par des entreprises qui souhaitent former leurs salariés à la gestion du stress, à l’empathie, aux soft-skills. Il ne s’agit pas là d’aider les employés à améliorer leurs compétences dans le travail, mais de leur apprendre à gérer leur vie professionnelle et personnelle sans que l’un n’empiète sur l’autre », souligne-t-il.

« Il faut savoir que nous passons 58% de notre temps au travail dans lequel on y apporte nos problèmes personnels et à l’inverse nous passons 68% de notre temps à la maison dans lequel nous apportons nos problèmes de travail. Donc les entreprises veulent de plus en plus « d’empowerment » (autonomisation) en faveur du capital humain pour la bonne gestion de cet équilibre », a-t-il ajouté.

Dans les entreprises où M. Bardaa a agi à travers des formations dans ce domaine, le chiffre d’affaire s’est largement amélioré ainsi que la vision des salariés sur leur entreprise. Cela permet aussi d’avoir une meilleure résilience et capacité à réfléchir.

Intégrer le capital humain dans les réflexions stratégiques

C’est une approche de travail qui est de plus en plus tendance dans les entreprises tunisiennes. De nombreuses sociétés souhaitent que les employés soient impliqués dans la réflexion, l’exécution et l’adoption des stratégies.  « Je suis très content qu’en Tunisie, nous sommes en train d’arriver à ce degré de maturité car ça n’a jamais vraiment été dans notre culture », assure Bardaa.

Cela apporte d’abord une vision plus élargie de la société. L’intelligence collective peut également donner des résultats positifs, grâce notamment à la créativité, auxquels on ne s’attend pas forcément. « Il est regrettable que chaque employé soit enfermé dans son poste sans aucune transversalité », souligne notre interlocuteur.

Autre résultat, celui de l’alignement stratégique basé sur le sens. C’est à dire que le salarié va comprendre pourquoi on lui demande de réaliser telle ou telle mission ou tache.

Le développement des outils managériaux

De nombreuses entreprises sont demandeuses de formations sur de nouveaux outils managériaux. Certains sont basés sur le temps avec différentes techniques comme celle du « Pomodoro ». La technique Pomodoro est une technique de gestion du temps développée par Francesco Cirillo à la fin des années 1980. Cette méthode se base sur l’usage d’un minuteur permettant de respecter des périodes de 25 minutes appelées « pomodori ». Ces différentes périodes de travail sont séparées par de courtes pauses.

Par ailleurs, il existe la fameuse logique « agile ». C’est un concept qui existe depuis 20 ans. C’est toute une pensée qui dépasse la notion de gestion de projet classique. «  En Tunisie, cette méthode est courante mais souvent mal utilisée. Il s’agit de se mettre d’accord sur un objectif final en partageant le travail sur des étapes courtes, en s’adaptant à chacune d’entre elles. L’agilité demande beaucoup de rigueur dans le reporting, dans l’échange, dans l’arbitrage et dans l’exécution. Il s’agit d’avoir une vision claire à long terme, d’une flexibilité à moyen terme et une rigueur à court terme », analyse Nadhem Bardaa.

Depuis la pandémie et les imprévus qui en ont découlé, les entreprises ont eu besoin de plus en plus de résilience afin de faire face à ce genre d’événements. Cela permet notamment de se préparer aux changements. « On ne peut plus dire on travaille dur maintenant, et on se reposera après. Cela ne marche plus. Il faut travailler en continu afin de d’anticiper tout changement et de s’y adapter ».

Il s’agit de renforcer la capacité de gestion des crises et la prise de recul par rapport à ses crises. C’est à dire qu’il faut en même temps gérer la crise, prendre des résolutions tout en étant détaché.

Enfin, l’expert en développement des compétences assure qu’une entreprise qui veut réussir doit élaborer plusieurs scénarios et les mettre en place en parallèle et non pas en choisir un. « Il faut être présent sur plusieurs fronts et les gérer avec la même attention ».

En se basant sur son portefeuille de clients, l’expert nous indique que 4% des entreprises sont à la page de ce qui se fait dans le monde en ce qui concerne les nouvelles approches de travail. Par ailleurs, 16% d’entre elles s’adaptent quand le besoin s’en fait sentir.

« Malheureusement, les 80% restants ne sont pas conscients que le monde du travail et de l’entreprise a changé et que les pratiques ont évolué. De nombreux hommes d’affaires sont invités dans les médias afin qu’ils donnent leurs avis sur la politique et ce qui se passe dans le pays alors qu’ils devraient se focaliser sur leurs entreprises, leur capital humain, sur les changements stratégiques et opérationnels car c’est cela qui va faire de la richesse pour le pays. Ce sont les entreprises qui créent de la croissance. Il ne faut pas oublier que c’est l’économie qui fait la politique », conclut Mr Bardaa.

Wissal Ayadi

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