Khaled Bouchelaghem, Directeur général du commerce extérieur au ministère du Commerce : «La stratégie nationale d’exportation finalisée et bientôt soumise au gouvernement»

Dans cet entretien, le directeur général du commerce extérieur au ministère du Commerce détaille l’évolution des principaux indicateurs du commerce extérieur de l’Algérie à l’issue des cinq premiers mois de l’année. Khaled Bouchelaghem note une hausse appréciable des exportations hors hydrocarbures non sans relever une tendance de fond accélérée par une multitude de facteurs, dont […]

Khaled Bouchelaghem, Directeur général du commerce extérieur au ministère du Commerce : «La stratégie nationale d’exportation finalisée et bientôt soumise au gouvernement»

Dans cet entretien, le directeur général du commerce extérieur au ministère du Commerce détaille l’évolution des principaux indicateurs du commerce extérieur de l’Algérie à l’issue des cinq premiers mois de l’année. Khaled Bouchelaghem note une hausse appréciable des exportations hors hydrocarbures non sans relever une tendance de fond accélérée par une multitude de facteurs, dont l’accompagnement de l’Etat des exportateurs, les mesures de régulation des importations qui, d’après lui, ont eu un effet positif sur l’appareil national de production. Par ailleurs, le directeur général du commerce extérieur revient sur l’accord d’association conclu avec l’Union européenne et les mesures de défense commerciale, ainsi que sur les bénéfices que devrait tirer l’Algérie de la mise en oeuvre de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), soulignant en crayon-feutre les multiples avantages comparatifs dont dispose l’Algérie pour gagner d’importantes parts de marché sur le continent africain.

Propos recueillis par Hakim Ould Mohamed
Reporters : Quelle lecture faites-vous de la courbe de l’évolution des fondamentaux du commerce extérieur durant ces deux à trois dernières années ?
Khaled Bouchelaghem :
Durant ces dernières années, notamment depuis 2014, l’Algérie a connu une forte hausse de ses importations et une stagnation, voire une baisse, de ses exportations. Alors que les exportations d’hydrocarbures représentaient ces dernières années 97% des recettes en devises, les exportations hors hydrocarbures ont pu grignoter, ces deux dernières années, des parts non négligeables pour atteindre durant les cinq premiers mois de l’année en cours 10% du volume global des exportations. Les exportations hors hydrocarbures ont augmenté de plus de 80% durant les cinq premiers mois de l’année en cours par rapport à la même période de l’an dernier. C’est dire qu’il y a véritablement une dynamique qui s’est installée par rapport aux exportations hors hydrocarbures. Il s’agit essentiellement des engrais pour une valeur de 412 millions de dollars, le ciment (75 millions de dollars), l’acier (environ 300 millions de dollars), des produits agroalimentaires (242 millions de dollars), dont le sucre (146 millions de dollars) et les dattes (50 millions de dollars). En chiffres, les exportations hors hydrocarbures ont totalisé, en valeur, durant les cinq premiers mois de l’année, 1,550 milliard de dollars, contre 852 millions de dollars à la même période de l’an dernier, soit une augmentation de 80,81%. Ainsi, la part des produits hors hydrocarbures dans la facture globale des exportations a atteint 11,13%. Nous avons enregistré durant cette période 911 entreprises exportatrices.

Quels sont les facteurs ayant favorisé cette hausse des exportations hors hydrocarbures ?
Il faut savoir que l’engouement des opérateurs économiques pour l’exportation hors hydrocarbure ne date pas d’aujourd’hui. Certes, il y a eu des opérations d’exportation ces dernières années, mais la dynamique n’était pas aussi importante. Sur les 1 200 entreprises qui exportent, recensées depuis quelques années, la grande majorité exporte par intermittence, mais le noyau dur des exportateurs hors hydrocarbures a des parts de marché constantes à l’international. L’engouement pour les exportations hors hydrocarbures a été accentué par la crise sanitaire liée à la Covid-19. L’Algérie a su tirer profit des pertes de marchés subies par d’autres pays sous l’effet de la pandémie. C’est-à-dire que les relocalisations et pertes de marchés de certains pays à l’international ont profité à d’autres, dont l’Algérie, qui n’a pas été en marge de ce mouvement. Cet engouement des opérateurs a été encouragé par l’accompagnement de l’Etat, dont les mesures se rapportaient, entre autres, à l’encadrement des importations aux fins de soutenir et protéger l’appareil national de production contre une concurrence déloyale et à d’autres mesures de défense commerciale, gérées par une commission interministérielle, dont le droit additionnel provisoire de sauvegarde.

Les positions concernées par ce droit additionnel de sauvegarde sont-elles gérées en fonction de la disponibilité des produits sur le marché local ? Autrement, comment ces positions sont-elles introduites dans la DAPS ?
Au ministère du Commerce, il y a une structure chargée des défenses commerciales. Nous recueillons ces demandes de protection suivant un questionnaire soumis aux opérateurs économiques et en fonction des informations recueillies, nous statuons en commission interministérielle, constituée des ministères du Commerce, de l’Industrie, de l’Agriculture, des Douanes ainsi que de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie.
Je dois rappeler qu’il s’agit d’un droit de sauvegarde provisoire, donc limité dans le temps, soit de trois à cinq ans. La liste des produits concernés par le DAPS évolue, en revanche, en fonction des demandes des opérateurs économiques et de l’offre nationale. 992 sous-positions tarifaires sont concernées actuellement par le DAPS, mais le travail de la commission continue et des demandes continuent à être adressées à ladite commission, aussi bien pour la protection des produits nationaux que pour retrait d’autres produits de la liste des positions concernées par le DAPS. Ceci pour dire que les demandes de protection émanent des opérateurs eux-mêmes et non de l’administration qui, elle, ne fait que statuer sur ces demandes en fonction des paramètres que je viens de citer. Par ailleurs, parmi les nouvelles mesures prises récemment par les autorités, la spécialisation des importations. A cet effet, il y a eu la publication du décret concernant l’importation des produits destinés à la revente en l’état, régis désormais par un cahier des charges

Quel est l’objectif de ce nouveau dispositif d’encadrement des importations, à savoir la spécialisation ?
Comme son nom l’indique, ce dispositif a été mis en place pour que l’importation soit une profession, non pas un acte à la mode, juste pour suivre la tendance ambiante et/ou les profits. Le dispositif a pour objectif de remettre de l’ordre dans l’activité de l’importation et de la rendre utile. Car, faut-il le reconnaître, il y a des importations qui ne sont pas réellement utiles pour le pays. Les produits destinés à la revente en l’état représentent un tiers des importations du pays. Il s’agit aussi d’inciter certains importateurs à investir dans l’activité de production, d’autant plus que plusieurs produits importés peuvent être fabriqués localement et intégrés dans la chaîne de valeur régionale et/ou continentale.

Quel est le top des produits que le pays importe et continue d’importer ?
La structure des importations de l’Algérie de ces dernières années reste, malheureusement, la même. Nous importons encore du blé, du lait en poudre, des équipements mécaniques, des médicaments. Cependant, l’Algérie n’est pas un importateur net de ces produits car une production nationale subsiste, même à des niveaux faibles.

Quels sont les avantages comparatifs dont dispose l’Algérie pour améliorer ses performances en matière d’exportation ?
La situation géographique en est un. Dans la région de l’Afrique du Nord, l’Algérie est le seul pays à avoir sept pays limitrophes, soit sept accès aux marchés extérieurs. L’Algérie dispose aussi de multiples variations géographiques, dont chaque région a ses spécificités. La main-d’œuvre qualifiée et peu coûteuse en est une autre. Tout comme le niveau de vie et le faible coût de l’énergie. Quant aux avantages économiques, il faut citer, entre autres, la réactivation de la transsaharienne qui relie plusieurs pays africains. Il s’agit aussi du développement du commerce dans les zones franches, dont un texte est actuellement en préparation par le ministère du Commerce. L’objectif étant de promouvoir la production locale et l’exportation vers les pays africains. La route transsaharienne va être considérée comme un corridor. A cela s’ajoutera le fret maritime auquel l’Algérie accorde une très grande importance, en témoigne le renforcement de la flotte nationale en bateaux de marchandises. C’est dire que l’économie algérienne se transforme et tend à se diversifier. Une stratégie nationale des exportations est actuellement en préparation pour les cinq prochaines années.

Qu’en est-il justement de la fameuse stratégie nationale de l’exportation ? Est-elle appliquée ou serait-elle abandonnée ?
Le travail a été finalisé en 2019 pour ce qui est des consultations nationales sur la rédaction du document portant Stratégie nationale de l’exportation (SNE). Il y a eu ensuite, courant l’année 2000, un travail d’actualisation de cette stratégie, parce que les bases de données ayant servi à son élaboration dataient de 2017 et 2018. Le travail a été retardé en raison de la pandémie qui a sévi dans le pays en 2020. Ce travail est enfin finalisé et sera soumis prochainement à l’aval du gouvernement et, après validation, cette stratégie sera aussitôt appliquée par les différents ministères et administrations concernés. C’est une stratégie quinquennale dont l’objectif est d’accéder au minimum à une quinzaine de nouveaux marchés, tous continents confondus, d’exporter de nouveaux produits, de s’inscrire dans la durabilité en matière d’exportation.

Cette nouvelle stratégie apporte-t-elle des solutions aux problématiques soulevées par les exportateurs, dont le rapatriement des devises ?
C’est une stratégie qui a été élaborée de manière inclusive avec les représentants des opérateurs économiques, de l’administration ainsi qu’avec des universitaires. Toutes les questions que vous évoquez sont prises en charge. Il y eu récemment l’instruction de la Banque centrale qui a donné lieu à des discussions aussi bien avec cette institution qu’avec les opérateurs économiques pour trouver une solution médiane afin que les réserves de change de notre pays soient préservées et les intérêts des opérateurs économiques de même parce qu’ils représentent une source indéniable en devises.

Y a-t-il de nouvelles mesures d’accompagnement des exportateurs ?
Il y a bien évidemment des facilitations au profit des opérateurs économiques désireux d’investir, soit dans l’exportation des biens ou dans l’accompagnement logistique des exportateurs. Il faut que le discours soit réel et que les actions suivent sur le terrain.
Y a-t-il un système de quotas imposé aux exportateurs algériens dans le cadre de l’accord d’association avec l’Union européenne ?
Exception faite des produits agricoles, le système de quotas dans le cadre des échanges entre l’Algérie et l’Union européenne n’existe pas. Il y a en revanche un système de contingents tarifaires, mais ce sont des contingents annexés à l’accord d’association lui-même. Vous faites allusion, apparemment, à une mesure prise par l’Union européenne, en 2018, pour l’instauration d’un système de quotas pour l’importation en Union européenne des produits de l’acier. C’est une mesure de sauvegarde semblable à notre DAPS, appliquée par l’Union européenne à toutes les importations et qui ne concerne pas uniquement l’Algérie et échappe à l’accord d’association.

Quels sont les bénéfices que l’Algérie pourrait tirer de la mise en œuvre de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) ?
C’est une zone de libre-échange à laquelle l’Algérie a fortement participé. La Zlecaf implique 54 pays avec un PIB cumulé de 3 000 milliards de dollars et un potentiel de 1,200 milliard de consommateurs africains. Il y a une belle marge de progression dans les échanges intra-africains, actuellement à 16% seulement. Une part de 80% des échanges de l’Algérie avec les pays africains se fait avec les pays de l’Afrique du Nord, ce qui signifie que l’Algérie est appelée à prendre ses parts de marché et aller vers une complémentarité de l’économie algérienne avec les pays africains. Il s’agit de s’approvisionner en Afrique en matières premières, fabriquer africain et consommer africain. Nous avons un potentiel non négligeable en matière d’exportation vers l’Afrique, notamment en produits agroalimentaires et industriels, dont l’électroménager. A nous désormais de pérenniser les exportations algériennes vers les marchés africains.