Interview avec Mourad Kadiri : « On a besoin d’une politique culturelle claire »

Le poète Mourad Kadiri a été reconduit, dimanche 24 juillet, à la tête de la Maison de la poésie à l’issue de son Congrès ordinaire marqué par l’adoption des rapports moral et financier du précédent mandat. Interview. - Vous avez été reconduit récemment à la tête de la Maison de la poésie. Quel bilan tirez-vous de votre précédent mandat ? - Je suis honoré par le renouvellement de confiance qu’on me témoigne pour aller de l’avant et tirer un bilan positif durant les cinq années à venir. Les cinq dernières années n’étaient pas faciles. Elles étaient marquées par la pandémie qui a retardé la cadence de l’achèvement de nombreux projets de la Maison de la poésie. Toutefois, nous avons publié 29 titres et une dizaine de numéros du magazine de la Maison de la poésie. Deux sessions académiques ont été organisées, également. Avec l’aide de l’Association Marocaine des Critiques de Cinéma (AMCCinéma), la première concernait la poésie et le cinéma. La deuxième concernait l’éducation et la poésie, en partenariat avec les académies régionales d’éducation, notamment celle de Rabat-Salé-Kénitra et de Marrakech-Safi, dans le but d’habituer les élèves à la poésie. - Quelle est votre stratégie pour renforcer la présence de la poésie dans divers aspects de la vie ? - Depuis son lancement en 2016, la Maison de la poésie veille sur la réalisation d’un ensemble d’activités et initiatives qui sont collées à son identité. L’association a été créée pour défendre la poésie marocaine et la dignité des poètes ainsi que pour développer cet art. La Maison de la poésie n’est pas un espace exclusivement dédié aux poètes. Elle est ouverte à des traducteurs, des artistes, et à toute personne préoccupée par cet art. La poésie ne peut vivre qu’en synergie avec d’autres arts. Pour répondre à votre question, nous menons des activités intrinsèquement liées à l’identité de la Maison de la poésie. Elle compte à son actif diverses activités culturelles, notamment ses « Nuits de la poésie » organisées régulièrement et consacrées aux poètes marocains et arabes. Chaque Bureau exécutif essaye de mettre en place de nouvelles formules d’animation pour renforcer la présence de la poésie marocaine. Nous comptons publier des versions traduites de poèmes marocains dans différentes langues étrangères. C’est l’une de nos priorités. - En tant que président de cette Maison et en tant que poète, constatez-vous que la poésie est marginalisée et n’a pas la place qu’elle mérite sur la scène culturelle ? - Ce sujet a été au coeur du débat lors du dernier Congrès ordinaire. On a débattu des opportunités qui se présentent à un poète marocain et comment améliorer son image. Effectivement, il y a ce sentiment de marginalisation. Nous avons préparé une feuille de route pour améliorer cette image préconçue. Malheureusement, aujourd’hui, le superficiel et l’idiotie ont fait que des visages inconnus deviennent des influenceurs et ont une forte présence médiatique. Tandis que le poète qui a le pouvoir de créer de l’imagination créative et qui fait rêver est mis à l’écart dans la société. - A qui incombe cette responsabilité ? - La responsabilité est partagée entre plusieurs acteurs. L’institution éducative a un rôle dans cette régression. Il n’y a que la poésie traditionnelle dans les manuels scolaires. On ne doit pas être pessimistes. Il y a de plus en plus de poèmes publiés par les maisons d’édition. Tant que cet art est exhibé dans des festivals internationaux et est traduit dans des langues internationales, il va bien. Un grand nombre de nos poètes ont reçu de prestigieux Prix à l’international. - De quel appui l’édition et la diffusion des oeuvres poétiques ont-elles besoin pour être développées sur le plan international ? La traduction des poèmes est-elle suffisante à elle seule ? - Depuis les années 60, il faut avouer qu’il y a un bilan positif en termes de traduction de notre poésie dans des langues étrangères. C’est une forme d’hospitalité et d’invitation à la découverte de notre art. On doit reconnaître l’apport de ces traductions sur le rayonnement de nos poèmes à l’international. Les institutions travaillant dans le secteur culturel, notamment le ministère de la Culture, sont censées créer un centre de traduction, comme c’est le cas dans d’autres pays. On a besoin d’une politique culturelle claire. Cette politique n’existe pas aujourd’hui. Recueillis par Safaa KSAANI Poésie Mohamed Achaâri, lauréat du Prix international  « Argana »   Le 15ème Prix international de poésie Argana a été attribué à Mohamed Achaâri, dont la poésie a contribué «pendant plus de quatre décennies à la consécration de l’écriture en tant que résistance visant à élargir les espaces de la liberté dans la langue et l’écriture, à travers une pratique poétique plaçant la liberté au centre de ses intérêts», lit-on dans un commu

Interview avec Mourad Kadiri : « On a besoin d’une politique culturelle claire »
Le poète Mourad Kadiri a été reconduit, dimanche 24 juillet, à la tête de la Maison de la poésie à l’issue de son Congrès ordinaire marqué par l’adoption des rapports moral et financier du précédent mandat. Interview.
Interview avec Mourad Kadiri : « On a besoin d’une politique culturelle claire »
- Vous avez été reconduit récemment à la tête de la Maison de la poésie. Quel bilan tirez-vous de votre précédent mandat ?

- Je suis honoré par le renouvellement de confiance qu’on me témoigne pour aller de l’avant et tirer un bilan positif durant les cinq années à venir. Les cinq dernières années n’étaient pas faciles. Elles étaient marquées par la pandémie qui a retardé la cadence de l’achèvement de nombreux projets de la Maison de la poésie.

Toutefois, nous avons publié 29 titres et une dizaine de numéros du magazine de la Maison de la poésie. Deux sessions académiques ont été organisées, également. Avec l’aide de l’Association Marocaine des Critiques de Cinéma (AMCCinéma), la première concernait la poésie et le cinéma. La deuxième concernait l’éducation et la poésie, en partenariat avec les académies régionales d’éducation, notamment celle de Rabat-Salé-Kénitra et de Marrakech-Safi, dans le but d’habituer les élèves à la poésie.


- Quelle est votre stratégie pour renforcer la présence de la poésie dans divers aspects de la vie ?

- Depuis son lancement en 2016, la Maison de la poésie veille sur la réalisation d’un ensemble d’activités et initiatives qui sont collées à son identité. L’association a été créée pour défendre la poésie marocaine et la dignité des poètes ainsi que pour développer cet art.

La Maison de la poésie n’est pas un espace exclusivement dédié aux poètes. Elle est ouverte à des traducteurs, des artistes, et à toute personne préoccupée par cet art. La poésie ne peut vivre qu’en synergie avec d’autres arts. Pour répondre à votre question, nous menons des activités intrinsèquement liées à l’identité de la Maison de la poésie. Elle compte à son actif diverses activités culturelles, notamment ses « Nuits de la poésie » organisées régulièrement et consacrées aux poètes marocains et arabes.

Chaque Bureau exécutif essaye de mettre en place de nouvelles formules d’animation pour renforcer la présence de la poésie marocaine. Nous comptons publier des versions traduites de poèmes marocains dans différentes langues étrangères. C’est l’une de nos priorités.


- En tant que président de cette Maison et en tant que poète, constatez-vous que la poésie est marginalisée et n’a pas la place qu’elle mérite sur la scène culturelle ?

- Ce sujet a été au coeur du débat lors du dernier Congrès ordinaire. On a débattu des opportunités qui se présentent à un poète marocain et comment améliorer son image. Effectivement, il y a ce sentiment de marginalisation. Nous avons préparé une feuille de route pour améliorer cette image préconçue. Malheureusement, aujourd’hui, le superficiel et l’idiotie ont fait que des visages inconnus deviennent des influenceurs et ont une forte présence médiatique. Tandis que le poète qui a le pouvoir de créer de l’imagination créative et qui fait rêver est mis à l’écart dans la société.


- A qui incombe cette responsabilité ?

- La responsabilité est partagée entre plusieurs acteurs. L’institution éducative a un rôle dans cette régression. Il n’y a que la poésie traditionnelle dans les manuels scolaires. On ne doit pas être pessimistes. Il y a de plus en plus de poèmes publiés par les maisons d’édition. Tant que cet art est exhibé dans des festivals internationaux et est traduit dans des langues internationales, il va bien. Un grand nombre de nos poètes ont reçu de prestigieux Prix à l’international.


- De quel appui l’édition et la diffusion des oeuvres poétiques ont-elles besoin pour être développées sur le plan international ? La traduction des poèmes est-elle suffisante à elle seule ?

- Depuis les années 60, il faut avouer qu’il y a un bilan positif en termes de traduction de notre poésie dans des langues étrangères. C’est une forme d’hospitalité et d’invitation à la découverte de notre art. On doit reconnaître l’apport de ces traductions sur le rayonnement de nos poèmes à l’international. Les institutions travaillant dans le secteur culturel, notamment le ministère de la Culture, sont censées créer un centre de traduction, comme c’est le cas dans d’autres pays. On a besoin d’une politique culturelle claire. Cette politique n’existe pas aujourd’hui.



Recueillis par Safaa KSAANI

Poésie
Interview avec Mourad Kadiri : « On a besoin d’une politique culturelle claire »

Mohamed Achaâri, lauréat du Prix international 
« Argana »

 
Le 15ème Prix international de poésie Argana a été attribué à Mohamed Achaâri, dont la poésie a contribué «pendant plus de quatre décennies à la consécration de l’écriture en tant que résistance visant à élargir les espaces de la liberté dans la langue et l’écriture, à travers une pratique poétique plaçant la liberté au centre de ses intérêts», lit-on dans un communiqué de la Maison de la poésie publié à l’issue de la cérémonie de remise du Prix en mars dernier.

Présidé par le poète Najib Khodari, le jury du Prix de cette année était composé des critiques Abderrahmane Tenkoul et Khaled Belkacem et des poètes Hassan Najmi, secrétaire général du Prix, Rachid Al Moumni, Abdeslam Moussaoui, Nabil Mounssir et Morad Kadiri.

Lors de cette cérémonie, la Maison de la poésie a choisi de publier, avec le soutien du département de la Culture, un spécial de trois parties de sa revue «Al-Bayt» réservé au lauréat. La première sera consacrée aux études sur les oeuvres poétiques de Mohamed Achaâri, la deuxième aux témoignages sur le parcours du poète alors que la dernière sera réservée aux approches dédiées à ses oeuvres littéraires.

Pour rappel, Mohamed Achaâri a occupé plusieurs fonctions, dont directeur du journal en arabe Al Ittihad Al Ichtiraki, président de l’Union des écrivains du Maroc, député à Rabat, ministre des Affaires culturelles et ministre de la Culture et de la Communication, député à Meknès, entre autres. En tant que poète, il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie, édités à Bagdad, Beyrouth et Casablanca, ainsi que d’un recueil de nouvelles et de romans. Plusieurs de ses oeuvres ont été traduites en français, en espagnol, en russe et en hollandais.