Guerre des chiffres

Présenter la crise sanitaire actuelle par une vague, qu’elle soit troisième ou quatrième, ne peut plus être une description réelle. Utiliser les termes de tornade ou de tsunami est dorénavant le plus approprié pour décrire les effets de la Covid-19 sur le pays. Presque tous les algériens le ressentent, le voient, et nombreux ceux qui […]

Guerre des chiffres

Présenter la crise sanitaire actuelle par une vague, qu’elle soit troisième ou quatrième, ne peut plus être une description réelle. Utiliser les termes de tornade ou de tsunami est dorénavant le plus approprié pour décrire les effets de la Covid-19 sur le pays. Presque tous les algériens le ressentent, le voient, et nombreux ceux qui le subissent. Mes les statistiques officielles, présentées depuis le début de la pandémie, comme des chiffres « loin de la réalité » montent en flèche. Ceux d’hier sont édifiants. Près de 2000 cas enregistrés lors des 24 dernières heures et surtout un nombre de décès jamais atteint. 49 personnes sont mortes par la Covid-19 durant la même période. Juste la veille, c’était un peu plus de la moitié (25). Une flambée vertigineuse et qui ne peut qu’être effrayante pour les Algériens.

Ces chiffres surviennent en parallèle avec une autre donnée qui circulait depuis la veille sur les réseaux sociaux. Elle émanait du Professeur Réda Djidjik, Chef de service d’immunologie au CHU de Beni Messous (Alger). Dans une vidéo rapidement partagée, il n’a pas hésité à lancer un véritable pavé. Pour avoir, selon lui, le nombre réel des contaminations par jour en Algérie, il faut multiplier les chiffres officiels par 30 ! La source ici est bien connue. Il s’agit bien du Chef de service d’immunologie du CHU de Ben Messous. La précision est de taille.

Cette « révélation » arrive deux semaines après une autre sortie d’un spécialiste du secteur. Le 15 juillet dernier, le Président du Syndicat National des Praticiens de la Santé Publique (SNPSP), Lyes Merabet, affirmait (sur les ondes de la radio chaîne 3) abondait dans le même sens que le Pr Djidjik. Toutefois, au lieu de 30, il avait affirmé qu’il fallait multiplier les chiffres officiels par cinq.

Avec ces données, qui est le dindon de la farce ! Tout simplement le citoyen. Il reçoit des chiffres du ministère, des spécialistes, mais aucune de ces sources ne lui expliquent comment ils ont été obtenus. Tous balancent leurs statistiques sans aucune preuve et sans donner de détails. Le ministère publie les bilans en donnant quelques détails, mais sans d’autres explications, et surtout sans répondre aux nombreuses critiques, qui d’ailleurs ne datent pas d’hier. Mais le département gouvernemental n’est pas le seul à incriminer. Ceux qui remettent en doute les chiffres officiels ne donnent jamais de détails. 30, 5, ou plus, ou moins, mais d’où proviennent ces calculs ! Pas d’explications. Comment est-il possible de juger des sujets « hors-normes », avec des outils d’une dimension de bien « basse » valeur ? Pourtant, l’espoir suscité par le soulèvement du 22 février 2019 avait fait ouvrir les yeux sur les enjeux, sur les possibilités de l’extension d’un univers.  Ce qui en est advenu (à ce jour) semble donner raison aux « croyants » (si nombreux) des feux de paille. Dommage ! Triste sort ! Néanmoins, l’abdication, trop facile, et banalisée par le temps et l’histoire, n’a pas sa place. Les perceptions sont si souvent lointaines de la vérité (à ne pas confondre ici avec la réalité). C’est que détourner le regard ne va pas faire disparaitre l’ « objet ». Cela n’a rien d’utopique. Il suffit juste de le vouloir, et, après, le « pouvoir » ne pourra que suivre. Tout ce qui est « beau » a besoin de temps pour être perçu, et la « fuite » ne donnera rien d’autres que de la douleur, une infinie douleur. La fatalité n’existe que dans les esprits. La crédibilité de cette guerre des chiffres autour du nombre de contaminations, et de celui des décès, est plus qu’entachée. Le citoyen algérien mérite plus de respect.