Entre opacité et chiffres douteux : L’information économique, une partition faussée

Communiquer est un art, et dire la vérité est un devoir. Quand la communication fait défaut et que la vérité est entachée de doutes, il y a peu de place pour espérer une sortie de crise sereine. De tout temps, le système politique algérien a été critiqué pour son opacité. Une opacité telle que des […] L’article Entre opacité et chiffres douteux : L’information économique, une partition faussée est apparu en premier sur El Watan.

Entre opacité et chiffres douteux : L’information économique, une partition faussée

Communiquer est un art, et dire la vérité est un devoir. Quand la communication fait défaut et que la vérité est entachée de doutes, il y a peu de place pour espérer une sortie de crise sereine. De tout temps, le système politique algérien a été critiqué pour son opacité. Une opacité telle que des mythes ont même été créés autour de l’intouchabilité de certains de ses dirigeants. Mais ces dernières années, il y a lieu de constater que la détérioration de la situation économique et politique, et le «hirak» aidant, l’image de la toute puissance du régime a fondu comme neige au soleil.

 

Les moyens de communication modernes font que l’information circule au point de briser toutes les forteresses entourant les grands secrets et mythes érigés pour barricader un système qui refuse de voir en face son obsolescence.

Et ce n’est assurément pas en multipliant les faux pas médiatiques que le régime arrivera à sauver son image déjà bien entamée. Dans les manuels de management moderne, la communication est un pilier sur lequel se base toute politique. Alors que les pays établissent des plans et schémas de développement sur plusieurs années, en Algérie, on peine à s’entendre sur des chiffres.

La communication institutionnelle est devenue une succession d’échecs et de chocs. Sur le plan politique, ces «couacs» communicationnels participent à exacerber les tensions et à maintenir le statu quo, et sur le plan économique, ils ne font que bloquer tout espoir de réformes sérieuses.
La situation économique est des plus sensibles, les déficits se creusent et amenuisent les chances d’une sortie rapide de la crise.

La situation est trop sérieuse pour se jouer des chiffres et faire wà une reprise positive «grâce aux efforts consentis par l’Algérie nouvelle». La communication par les slogans dans une situation de crise financière aiguë ne fera que retarder l’amorce d’une véritable reprise basée sur l’investissement dans la compétence.

Un accès à la source de l’information problématique

Lorsque Abdelmadjid Tebboune était Premier ministre et dans son discours de présentation de la politique générale de son gouvernement, il avait déploré l’absence d’un système de statistique économique fiable. Il réitéra la même remarque en devenant président. Ce n’est donc pas étonnant que des spécialistes remettent en question certains des chiffres qu’il avance en évoquant les questions économiques.

Le cas le plus édifiant est le chiffre de 25 milliards de dollars de revenus grâce au secteur agricole. «Si notre agriculture génère 25 milliards de dollars avec ses 8 millions d’hectares, elle serait beaucoup plus performante que celle des 2/3 des pays membres de l’Union européenne et 5 fois plus performante que celle du Brésil qui peine à dépasser 64 milliards de dollars avec ses 80 millions d’hectares, pourtant travaillé avec des techniques des plus modernes…», fait remarquer l’expert des questions agricoles Akli Moussouni.

Les services des douanes font régulièrement état de la domination des revenus des hydrocarbures dans la structure des exportations, de même que l’Algérie peine à exporter 2 milliards de dollars des produits hors hydrocarbures. Il ne s’agit pas de la première fois que Abdelmadjid Tebboune évoque ce chiffre qui a pourtant suscité bien des doutes de la part des spécialistes. Pourquoi donc insister en énonçant des statistiques soumises à interrogation ?

Le chef de l’Etat a également évoqué la part de l’argent circulant en dehors du circuit bancaire en avançant une estimation entre 6000 et 10 000 milliards de dinars. Le ministre des Finances avait, pour sa part, avancé le chiffre de 6000 milliards de dinars. Même si l’informel est difficile à quantifier, peut-on se permettre une parenthèse de doute de 4000 milliards de dinars ? Cette approximation dans des données pourtant déterminantes pour l’établissement de feuilles de routes devant être appliquées par les administrations publiques n’augure rien de bon.

L’accès à une information économique fiable est problématique en Algérie, de l’avis de nombreux acteurs et observateurs de la chose économique. «On est obligés d’attendre les différentes estimations macroéconomiques du FMI, de la Banque mondiale en plus des chiffres énoncés dans la Loi de finances afin d’avoir une idée précise sur la situation», nous confie un analyste qui requit l’anonymat.

Des statistiques non fiables

Mais l’économie n’est pas que dans les gros chiffres macroéconomiques, elle est aussi ailleurs, et dans les détails et elle est bien plus difficile à avoir. L’ONS, Office national des statistiques, dont la mission est de livrer régulièrement des chiffres précis sur l’évolution de la vie économique et sociale, fait rarement des examens de la situation. Les statistiques sont même jugées non fiables par le premier magistrat du pays puisqu’il a critiqué l’absence d’un système de statistiques crédible. «Qui se souvient que la loi a créé depuis 1994 un Conseil national de la statistique, une institution supposée indépendante mais qui ne s’est pas réunie depuis près de 25 années ? Entre-temps, il ne semble pas que nous ayons pris la mesure de ces technologies de l’information et de la communication qui ont révolutionné le monde autour de nous.

Aujourd’hui, force est de dire que la remise en état et la modernisation de notre système d’information économique et social constitue une tâche de longue haleine, absolument vitale, et à laquelle on devrait s’atteler de toute urgence», nous confie l’expert et membre du think tank Care, Mouloud Hedir.

Des administrateurs gardent jalousement à leur niveau des informations pourtant capitales pour le fonctionnement de secteurs donnés et retardent soit par négligence, par opportunisme ou par simple esprit bureaucratique, l’exécution d’un projet ou d’un programme.

Lorsque ces cas se multiplient à l’échelle d’un pays, c’est toute la machine économique qui tombe en panne. A la non-disponibilité de certaines informations économiques, s’ajoute l’absence de crédibilité entourant celles qui sont disponibles.

Il n’y a donc rien d’étonnant à constater la gestion chancelante des secteurs économiques qui tâtonnent avec zéro vision prospective.

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