2021, l’année des grandes peurs et de l’enfermement sur soi ! (1)

L’année 2021 s’est terminée il y a quelques jours et avec elle l’espoir d’échapper aux cauchemars de la décennie passée, les grandes peurs et l’anxiété qui ont enveloppé le monde depuis l’apparition de la pandémie de la Covid-19 au début de l’année 2020. L’année écoulée a commencé avec de grandes espérances et un grand optimisme pour une sortie des crises et des défaites que le monde a vécues au cours des dernières années. La découverte des vaccins contre la pandémie et la généralisation des campagnes de vaccination à grande échelle dans la plupart des pays ont renforcé cet espoir d’échapper à cette pandémie qui a emporté des millions de personnes au cours des deux dernières années. Cette pandémie a été surtout à l’origine de grands doutes quant à la capacité de l’homme et de la science à faire face aux défis sanitaires et aux grandes épidémies globales.
Mais, ces espoirs d’une sortie au cours de l’année passée des grandes peurs et du monde des turbulences et de l’incertain et surtout de l’enfermement sur soi se sont envolés pour que le pessimisme reprenne ses droits.
La décennie passée a été celle de la crise du projet démocratique. Les grands partis démocratiques héritiers de la modernité avec leurs composantes de droite ou de gauche ont perdu de leur influence au cours des dernières années. Cette crise des grands partis et des grands courants politiques traditionnels et des corps intermédiaires d’une manière générale ont été à l’origine d’un désenchantement sans précédent et d’une baisse de la participation citoyenne dans l’action politique.
Au même moment et face au recul et à la crise des partis traditionnels, on a assisté à l’émergence et au développement de nouveaux courants et de nouvelles forces politiques qui ont fait de la perte de confiance des citoyens dans les régimes politiques leur credo principal. Ces courants populistes sont devenus des forces politiques d’envergure dans les anciennes démocraties comme dans les démocraties émergentes. Ces courants ont tiré profit des grandes crises économiques et de la montée des inégalités pour renforcer leurs critiques des élites politiques et intellectuelles leur faisant assumer la responsabilité de la dégradation des conditions sociales des couches populaires et la montée de la pauvreté et de la marginalité sociale. La question de la trahison des élites est devenue le cheval de bataille des courants populistes et de leurs attaques contre les forces politiques traditionnelles contribuant ainsi à leur crise et leur essoufflement.
Les forces populistes ne sont pas restées dans l’opposition, mais elles sont parvenues dans beaucoup de pays à se hisser au niveau du pouvoir. Ainsi, beaucoup de pays ont connu l’arrivée au pouvoir de présidents populistes comme c’est le cas de Victor Orban en Hongrie, en Pologne, en République tchèque, aux Philippines et au Brésil et bien d’autres pays. L’arrivée de Donal Trump à la Maison blanche a été une indication que les vieilles démocraties n’étaient pas immunisées contre le tsunami populiste.
Les révolutions du printemps arabe ont constitué au début de la décennie écoulée une lueur d’espoir dans un regain d’intérêt et une renaissance d’un projet démocratique. En effet, parallèlement aux revendications de dignité et de fin de la marginalité sociale, les révolutions arabes avaient également exigé la sortie de l’autoritarisme oriental et la construction de régimes politiques démocratiques qui s’inscrivent dans l’universel des Droits de l’Homme et des libertés. Mais, l’échec des expériences de transition démocratique et leur transformation dans des guerres fratricides et destructrices comme c’est le cas au Yémen, en Syrie et en Libye a été à l’origine d’un grand désenchantement face au printemps arabe. En même temps, les échecs des expériences de transition dans les autres pays ont contribué au renforcement de la crise de confiance dans le projet démocratique.
Ces développements et ces grandes tendances qui ont marqué la décennie passée ont largement pesé sur l’ambiance générale et les politiques mises en place dans la plupart des pays du monde. Ces lourdes tendances ont été à l’origine d’une grande morosité et d’une mélancolie sans précédent. Une grande peur a sévi tout au long de cette décennie et surtout une perte de confiance dans l’avenir et dans la capacité des grands projets de libération hérités de la modernité de construire un autre monde et une nouvelle expérience historique. Dans ce contexte de peurs, d’effrois et d’inquiétudes, les principes de solidarité, de coopération et d’ouverture vont perdre leur sens et ce sont les idées d’identité, de religion et de race qui structureront le nouveau cadre de réflexion et d’action hégémonique dans les sociétés et dans la formulation des politiques publiques. L’enfermement sur soi et les tentatives d’exclure l’autre vont devenir les fondements des politiques et des dynamiques sociales.
Nous avons vécu avec ces idées hégémoniques et les politiques qui en découlent pendant la décennie passée. La peur de l’autre et une volonté de l’exclure à travers la reconstruction des frontières nationales en les dressant face aux réfugiés et tous ceux qui cherchent au risque de leurs vies à échapper aux guerres et aux tragédies. Les courants populistes ont fait de ces idées le centre de leur projet de sortie des crises et de sauvetage de notre monde.
La pandémie de la Covid-19 depuis son apparition en 2019 et surtout par son développement en 2020 a renforcé les peurs collectives et a encouragé les politiques d’enfermement sur soi.
La question qui se pose est de savoir si l’année passée nous a permis de sortir de ce monde inquiétant et effrayant dans lequel nous avons baigné au cours de la décennie passée. Est-ce qu’elle a constitué un point d’inflexion dans les tendances à l’œuvre pour passer à un monde moins inquiétant et plus ouvert sur l’autre ?
Or, si l’espoir était permis au début de l’année 2021, ces promesses ont été rapidement démenties et cette année s’est inscrite dans les dynamiques et les grandes trajectoires politiques et intellectuelles ouvertes au début de la décennie passée et marquées par les grandes peurs, l’effroi et la faillite et qui ont été à l’origine du renforcement de l’enfermement et du refus de l’autre.
Il est possible de voir cette dynamique dans une série de grandes tendances et des trajectoires qui ont marqué l’année écoulée.